Journal éphèmere

« Nous n’avons plus le temps d’être militants »

Face à la hausse des loyers, les associations d’aide au logement sont débordées.
Anne-Catherine Michel, Johanna Luyssen - jeudi 13 avril 2006
Dalila Kahlat travaille depuis deux ans à l’Atelier populaire d’urbanisme (APU) de Wazemmes, ouvert depuis 1996. La « boboïsation » croissante de Wazemmes entraîne l’augmentation du nombre de dossiers à traiter. Résultat : c’est l’asphyxie.
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« On traite près de 300 dossiers par an. »

Quel est le rôle principal de l’APU ?

Notre priorité, c’est l’aide au logement : on a remarqué que bien souvent, les gens ne connaissent pas leurs droits. Ils ne savent pas où faire les démarches, alors on les aide à constituer un dossier. Notre principale action se situe au niveau du Fonds solidarité logement (FSL) : on oriente les demandeurs vers le conseil général, qui se porte garant pour l’obtention du logement. C’est le gros de notre travail : sur les 285 dossiers que l’on ouvre chaque année, 140 d’entre eux sont des dossiers FSL.

Comment vivez-vous l’augmentation des loyers à Wazemmes ?

On ne peut plus suivre... On croule sous les dossiers, et on a du mal à refuser des gens. Pour le FSL, par exemple, le seuil de loyer à ne pas dépasser, c’est 400 euros par mois. Vous avez vu les loyers à Wazemmes ? Un studio peut en valoir 450 ! La solution, c’est d’envoyer les gens à Fives, Roubaix, Armentières, mais ils ne partent pas comme ça ; ils sont attachés à leur quartier. Sans compter que le délai pour obtenir un logement en HLM, c’est tout de même trois ans ! Pour y remédier, on oriente les demandeurs vers le privé, mais c’est de plus en plus cher. Nous-mêmes, on connaît ces problèmes-là : dès l’année prochaine, le nouveau commissariat sera installé dans nos locaux. On doit partir, mais le comble, c’est qu’on a toujours pas été relogés...

Vous sentez-vous suffisamment soutenus ?

Nous sommes subventionnés par le conseil général, mais nous sommes une association avant tout. Le problème majeur, c’est que le conseil général nous dit : « Limitez, limitez », mais on ne peut pas quand les gens sont dans le besoin ! D’autant plus que la mairie et leurs assistantes sociales nous délèguent beaucoup de dossiers. Résultat : alors qu’on est censés traiter 20 dossiers FSL par an, on en fait sept fois plus.

Quelles conséquences pour l’action de l’APU ?

À l’origine, nous sommes une association, et plutôt militants. En l’occurence, on a l’impression de perdre notre identité, et de ne faire que du travail administratif. Ce n’est pas notre vocation. On essaie de développer le dialogue entre locataires et propriétaires, mais là on fait plutôt de la constitution de dossiers. Nous ne sommes que quatre salariés... On n’a même plus le temps d’être militants.

Le prix du mètre carré à Wazemmes : entre 900 et 1.800 euros
Le nombre de RMIstes à Wazemmes : 1.711 en 2004, soit un RMIstes lillois sur cinq
Délai d’attente pour constituer une demande de logement en HLM : 3 ans
Délai pour obtenir un simple numéro pour constituer un dossier FSL : 3 mois
Sources : APU et mairie de quartier
Journal éphémère de l’Ecole supérieure de journalisme de Lille
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Journal du vendredi 14 avril 2006